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Débite en Tranches

« L'homme sait que le monde n'est pas à l'échelle humaine ; et il voudrait qu'il le fût. »

Feu divin

Publié le 6 Septembre 2013 par Ad Astra in Avenir

 

Pourquoi Dieu a-t-il créé l'Homme à son image?

 

Ne vous êtes vous jamais posé la question? Pourquoi, durant des millénaires, l'Homme est-il resté à un stade de civilisation quasi identique, inamovible, presque inébranlable? Puis, il y a eu la Révolution Industrielle. Le progrès évolue de façon exponentielle. Pendant des siècles, on a continué à creuser la terre de la même manière, à s'écrire des lettres, à voyager rarement, et à échanger de l'argent contre des biens qui existaient réellement. Et en l'espace de quelques décennies, nous en sommes venus à communiquer quotidiennement avec des gens qui se trouvent à l'autre bout de la planète en l'espace de quelques secondes, et à se vendre du vent pour faire tourner le monde. Les gens sont tous branchés sur le même réseau. Un réseau global. Nous pourrions croire que les individus sont de plus en plus connectés les uns aux autres. Mais il n'en n'est rien. Nous avons interposé une machine, un réseau, entre chaque être humain de cette planète. Le progrès évolue si rapidement que nous avons du mal à le suivre, à le comprendre. Surtout pour certains. Nous avons limité les interactions directes entre les individus.

 

Mais n'avons nous pas gagné autre chose? Une conscience de masse, collective? Tout du moins l'embryon de celle-ci? À travers tant de connexions, chaque action crée une réaction au sein de la masse. On réagit à tout, et tout le monde réagit à nous. C'est clairement ce qui séduit dans ce principe : que le monde entier fasse attention à notre petite personne. Nous avons donc là un exemple de plus du problème de notre monde : la technologie évolue trop vite par rapport à la sagesse dont nous pouvons faire preuve. J'y reviendrai. On voit donc maintenant ce progrès évoluer quasiment chaque jour, ce qui donne souvent des scènes plutôt cocasses. Et je souhaite évoquer ici, bien évidemment, la jeunesse aveugle et inculte qui est celle de notre société d'aujourd'hui. Désormais, on devient un grand à huit ans, quand papa nous achète notre premier téléphone portable. Et mon pote, je te jure que si t'as pas internet dessus, tu vas prendre cher à l'école. Je le sais parce que je fais partie de cette génération de transition, celle qui a commencé à utiliser les téléphones portables couramment. Sauf que moi, je n'en avais pas. Parce que ça coutait trop cher. Parce que ça servait à rien. Parce que les autres en avaient.

 

Mais les enfants, le téléphone greffé pour remplacer l'absence de cerveau des nouvelles générations, c'est que le début! Attention, je ne suis pas contre les nouvelles technologies, bien au contraire. Je pense qu'elles sont là pour nous élever. Par le biais du progrès technique, l'Homme a accompli des choses plus incroyables les unes que les autres. On a détruit des villes entières, marché sur la Lune, soigné des maladies ou permis à des types planqués dans leur garage de subtiliser des informations classées secret défense. L'évolution accélérée de notre espèce, que je n'hésiterai pas à qualifier de singularité technologique, même si, n'en déplaise à certains, Skynet n'est pas encore né, rapproche de plus en plus l'être humain d'un individu aux capacités surhumaines.

 

Imaginez Oscar Pistorius en train de descendre une choppe à la taverne du coin au XIIe siècle! Au moins, il aurait eu ce qu'il méritait pour avoir zigouillé la donzelle. Mais les pékins présents alors se seraient tout de même demandé qui était ce type qui pouvait courir sans avoir de vraies jambes. Imaginez donc l'avenir de ces biotechnologies : coupler l'être humain, aux capacités limitées, avec des prothèses mécaniques, électroniques et – pourquoi pas – nanotechnologiques. Les possibilités deviendraient infinies et nous pourrions alors envisager de redéfinir la nature humaine elle-même. Le petit génie qui parviendra à faire accepter cette possibilité d'évolution à ses contemporains ne se fera pas appeler Arthur mais Prométhée. Alors oui, je suis d'accord, ça pose quelques problèmes d'éthique. Mais comme partout, il faut aussi savoir s'affranchir parfois des règles, surtout quand elles nous empêchent de nous faire greffer des yeux bioniques pour voir à travers les tissus (on sait tous que ce sera leur premier usage).

 

Alors oui, le problème est là : augmenter les capacités humaines, ça envoie clairement du pâté. Pouvoir faire des bonds de trois mètres, se rendre invisible, courir dans la savane et faire la course avec les guépards (c'est une idée à la con, je sais), prendre une photo avec ses yeux ou jouer du piano à une vitesse inconcevable, tout cela fait rêver. Malheureusement, on sait que ces améliorations de notre être serviront tout d'abord à espionner, voler, tuer, voire massacrer. L'homme étant ce qu'il est, il ne peut en être autrement. Parce que le problème, c'est la sagesse. C'est l'éducation. C'est la culture. Celle qui nous fait défaut, en tous cas à la plupart d'entre nous. La technologie et la sagesse n'évoluent pas aussi rapidement l'un que l'autre, et nos sociétés ont besoin d'une éducation.

 

Il faut des règles, des gardes-fous sans lesquels une société ne peut pas être stable. Parce que la « liberté c'est l'esclavage », comme dirait Orwell (et comme il ne le pense pas). Donner une liberté absolue aux gens ferait s'effondrer irrémédiablement une société. Alors seulement, quand nous aurons compris cela, quand nous mettrons fin à toutes ces idées bien pensantes et que nous établirons des règles efficaces et pragmatiques, et non des règles morales stupides, nous pourrons envisager d'accepter de la part de Prométhée le cadeau qui nous revient de droit : le feu divin. Finalement, je sais pourquoi Dieu, s'il existe, a créé l'Homme à son image.

 

Dieu a créé l'Homme pour le remplacer.

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